Harriet Tubman : elle puisait en Dieu la force d'oser
La croyante derrière la femme que l'on admire

Écoutez cet article
Lu à voix haute par une voix de synthèse, si vous préférez écouter plutôt que lire.
Lire l'article
À Auburn, dans l’État de New York, une église raconte une part essentielle de la vie d’Harriet Tubman.
Elle a contribué à financer ce lieu de culte, construit pour une communauté qui grandissait. Après son achèvement en 1891, elle y venait prier. Elle participait aussi à son œuvre auprès des plus démunis. L’église prit cette même année le nom de Thompson Memorial, dans la tradition méthodiste africaine épiscopale de Sion.
Ce détail peut sembler modeste dans une existence aussi remarquable. Il nous rapproche pourtant de ce qui l’animait.
La femme dont on admire aujourd’hui les actes de bravoure avait une vie de foi. Elle appartenait à une communauté de croyants. Elle consacrait du temps et des ressources au service des autres.
Pour comprendre son courage, il faut lui laisser cette profondeur.

Le récit qui l’a formée
Harriet avait appris les récits de la Bible auprès de sa mère. Celui de l’Exode l’avait particulièrement marquée : un peuple tenu en servitude, un Dieu qui entend sa souffrance, un chemin vers la liberté.
Elle-même était née dans l’esclavage, sur la côte est du Maryland, vers 1822.
Que pouvait représenter, dans une telle existence, la découverte d’un Dieu attentif aux opprimés ?
On lui imposait une condition. On prétendait disposer de son travail, de son corps, de son avenir. Les récits bibliques lui donnaient à connaître un Dieu devant lequel sa vie avait du prix.
« J’ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais ses douleurs. »
Exode 3.7
Dans une lettre écrite vers 1859, Harriet attribuait à Dieu l’étoile qui la guidait vers le nord et la force de ses membres, et disait sa conviction qu’il la voulait libre.
Sa foi touchait donc à la manière dont elle se comprenait elle-même.
Elle pouvait croire à une liberté qu’elle ne possédait pas encore. Elle pouvait donner du poids à cette espérance alors que tant de choses, autour d’elle, semblaient la contredire.
C’est peut-être l’une des forces les plus profondes de la foi : nous permettre de regarder notre situation sans lui accorder le pouvoir de définir toute notre vie.
Le demi-tour de 1849
En 1849, apprenant qu’elle et ses frères Ben et Henry vont être vendus, Harriet tente de fuir avec eux. Ceux-ci hésitent à poursuivre, l’un d’eux venant probablement d’être père, et le groupe revient sur ses pas. Elle repart quelque temps plus tard, seule, et atteint la Pennsylvanie.
Il y a donc eu un demi-tour dans l’histoire de cette femme courageuse.
La suite n’était pas encore écrite. Personne ne pouvait lui présenter le récit de sa propre réussite pour la rassurer.
Elle a dû prendre une nouvelle décision.
Ce passage de sa vie mérite qu’on s’y arrête, surtout lorsque nous avons honte d’avoir reculé. Nous pouvons finir par considérer une tentative abandonnée comme la preuve que nous ne sommes pas capables d’aller plus loin.
Pourtant, revenir sur ses pas laisse encore la possibilité de réfléchir, de chercher de l’aide et de repartir autrement.
Une hésitation ne résume pas une personne.
Un échec ne connaît pas tout son avenir.

Une foi qui prépare
La confiance d’Harriet en Dieu frappait ceux qui travaillaient avec elle. Thomas Garrett, abolitionniste et soutien de ses missions, disait n’avoir jamais rencontré personne, de quelque couleur que ce soit, qui eût une plus grande confiance dans la voix de Dieu parlant directement à son âme.
Il faut entendre ce témoignage dans le concret de sa vie.
Après avoir obtenu sa propre liberté, Harriet retourne au Maryland pour aider d’autres personnes à s’échapper. Au cours d’environ treize missions, elle conduit quelque soixante-dix personnes vers la liberté, pour beaucoup des membres de sa famille et des proches. Elle en guide cinquante ou soixante autres par ses instructions. Elle s’appuie sur sa connaissance du terrain, sur des contacts et sur des réseaux de soutien.
Sa foi accompagne une intelligence pratique. Elle prépare, coopère et agit.
Nous avons parfois du mal à tenir ensemble ces deux dimensions. Nous prions pour qu’une situation change, mais nous n’osons pas entreprendre la démarche qui dépend de nous. Ou bien nous nous épuisons à tout organiser, sans plus trouver un instant pour confier à Dieu notre inquiétude.
La vie d’Harriet nous invite à les réunir.
Prier peut nous aider à discerner ce que nous avons à faire. Préparer une démarche peut être une manière de prendre au sérieux l’espérance que nous portons.
Ce que la peur décide à notre place
Bien sûr, son histoire appartient à la réalité particulière de l’esclavage. Nous devons respecter ce qu’elle a traversé, sans ramener ses combats à nos contrariétés.
Mais sa confiance en Dieu peut interroger la nôtre.
Qu’avons-nous laissé la peur décider à notre place ?
Il y a peut-être une démarche que vous repoussez depuis des semaines. Une formation sur laquelle vous n’osez pas vous renseigner. Une personne à contacter. Un projet auquel vous tenez encore, malgré tous vos efforts pour vous convaincre de l’oublier.
Vous n’avez aucune certitude que cela aboutira.
Vous pouvez néanmoins chercher à savoir si une possibilité existe.
Vous renseigner ne vous engage pas à tout risquer. Demander un conseil ne vous oblige pas à suivre aveuglément celui qui vous répond. Faire un premier essai peut vous apprendre ce que des mois d’inquiétude ne vous apprendront jamais.
La prudence aide à avancer avec discernement. Elle peut aussi, lorsque la peur prend toute la place, devenir une façon de différer indéfiniment ce qui compte pour nous.
Il vaut la peine d’en parler à Dieu avec franchise.
Seigneur, est-ce que j’attends le bon moment, ou est-ce que je n’ose plus ?
Retrouver l’élan après une déception
Il n’est pas toujours facile de retrouver l’élan après une déception.
On se souvient de l’énergie donnée, de l’attente, puis du silence ou du refus. On voudrait croire encore, mais on redoute de souffrir à nouveau.
Vous pouvez apporter tout cela dans votre prière. Votre lassitude n’a pas besoin d’être dissimulée derrière de belles paroles.
Puis cherchez un geste possible.
Un seul, suffisamment précis pour être accompli : prendre rendez-vous, poser une question, reprendre une page, préparer un dossier, demander à quelqu’un de vous accompagner.
Ce geste ne résoudra peut-être pas toute la situation. Il peut vous remettre en relation avec vos propres possibilités.
Et vous n’avez pas à l’accomplir seul. Harriet elle-même avançait grâce à des liens de confiance. Recevoir du soutien fait partie du courage.
Jusqu’où cela peut aller
La foi d’Harriet Tubman nous touche parce qu’elle a porté du fruit dans la vie d’autres personnes.
Sa confiance en Dieu l’a soutenue dans un engagement qui dépassait sa propre liberté. Elle a fait de ce qu’elle avait appris un secours pour ceux qui attendaient encore. À sa mort, en 1913, ses obsèques furent célébrées dans cette même église d’Auburn qu’elle avait aidé à bâtir.
Nous ignorons, nous aussi, jusqu’où peuvent aller les conséquences d’une décision courageuse.
Un enfant peut retrouver confiance en regardant son parent reprendre des études. Un ami peut se décider à demander de l’aide parce qu’il nous a vus le faire. Quelqu’un peut recommencer à espérer en nous voyant essayer de nouveau, avec patience.
Vous n’avez pas à devenir une figure exceptionnelle pour que votre manière de vivre compte.
Vous pouvez simplement reprendre, aujourd’hui, ce dialogue avec Dieu :
Je ne vois pas toute la route. Mais je veux bien chercher avec toi le prochain pas.
Prière
Seigneur, je voudrais te faire davantage confiance, jusque dans les décisions qui m’inquiètent.
Aide-moi à reconnaître ce qui mérite d’être tenté. Donne-moi la patience de me préparer, la liberté de demander conseil et le courage d’agir lorsque le moment vient.
Là où une déception m’a arrêté, ouvre de nouveau ma réflexion. Là où j’ai besoin de soutien, aide-moi à tendre la main.
Je te confie ce que je ne peux pas prévoir.
Pour aujourd’hui, accorde-moi la force de faire ma part. Et que ce petit commencement devienne, avec le temps, une source de bien pour d’autres.
Amen.
Sources : le National Park Service sur Harriet Tubman, sur le chemin de fer clandestin et sur l’église Thompson Memorial, le National Museum of African American History and Culture et PBS, God in America.
À lire dans la Bible : Exode 3.1-12.


